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Interview de Carisse Busquet, psychologue dans nos centres PDF Imprimer Envoyer

 

Carisse Busquet, psychologue et spécialiste de la prise en charge de traumatismes lourds, intervient pour Planète Enfants dans les centres d’accueil et de réinsertion de victimes de violences depuis plusieurs années. Vivant au Népal depuis 25 ans, Carisse connait parfaitement l’histoire, la culture et la langue népalaise. Elle nous explique en quoi consiste son travail.



-    A quand remonte ta rencontre avec l’équipe de Planète Enfants au Népal ?

Il y a près de huit ans, alors que je vivais depuis plusieurs années au Népal, j’ai découvert un rapport qui faisait état de l’impuissance des psychiatres face à l’afflux considérable d’enfants et de jeunes femmes, marqués par de multiples traumatismes liés au conflit armé qui a frappé le pays pendant 10 ans. Je suis alors rentrée quelques mois en France pour me former sur les techniques de prise en charge de traumatismes lourds. De retour au Népal, j’ai découvert Planète Enfants et j’ai commencé à intervenir dans le centre Saathi auprès des victimes de violence domestique. Mon rôle était de former les psychologues du centre, d’améliorer la qualité de vie du centre et de prendre en consultation les cas les plus lourds.

-    Actuellement, en quoi consiste ton travail auprès de Planète Enfants ?

Aujourd’hui je travaille beaucoup dans le centre qui accueille les victimes d’exploitation sexuelle L’équipe de Raksha - le partenaire de PE - est formidable ! Ansuya et Shrijana - psychologue et assistante sociale - sont deux jeunes femmes, dynamiques et déterminées, que je forme et accompagne pour les cas les plus difficiles. Nous prenons en charge les patientes selon un protocole strict : présentation du cas, préparation de la séance, intervention, débriefing et préparation de la séance suivante.

-    Comment sont recueillies ces jeunes femmes et dans quel état arrivent-elles dans le centre?

Les jeunes filles sont sauvées des maisons closes et des « bars dansants » grâce au travail mené par une « éducatrice de rue », qui va à leur rencontre et leur parle de la possibilité d’accueil dans le centre de réinsertion. Une fois convaincues, elles bénéficient d’une prise en charge thérapeutique immédiate. Très souvent, le traumatisme lié à la prostitution vient s’ajouter aux traumatismes antérieurs –viol, maltraitance et violences liés au conflit-. Nous sommes donc souvent confrontées à des syndromes post-traumatiques multiples, qui se manifestent par différents niveaux de dépression ou encore par le développement de phobies sociales. Nous élaborons des thérapies basées sur une relation de confiance et d’écoute empathique. Les thérapies cognitives sont très efficaces quand la parole est débloquée. Sinon, le recours au « dessin thérapeutique » nous permet d’avoir de très bons résultats.

-    Combien de temps restent-elles en moyenne dans le centre ?

Les filles restent entre 6 mois et un an. Elles suivent toutes une formation professionnelle. Leurs niveaux de connaissances sont très hétérogènes, mais toutes comprennent d’elles-mêmes que leur rétablissement passe par le savoir, et sont à ce titre très motivées par l’apprentissage. Des intervenants extérieurs leurs proposent également de réaliser des activités telles que la danse, ce qui leur permet de se sentir bien de nouveau dans leur corps.
Aussi souvent que possible, nous cherchons à réintégrer ces jeunes filles dans leur communauté. Pour cela, l’assistante sociale mène une enquête auprès des jeunes femmes, va à la rencontre des familles et des communautés et évalue si ces dernières sont prêtes à accueillir la jeune fille, sans réticence ni trace de rejet.

 
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