|
« La prostitution et le mal qui l’accompagne, à savoir la traite des êtres humains en vue de la prostitution » sont indissociables
Le trafic de femmes et d’enfants à des fins d’exploitation sexuelle se fait selon les modalités classiques de l’esclavage : enlèvement, fausses promesses, transport dans un endroit inconnu, perte de liberté, sévices sexuels, violences et privations. Ensuite contraintes à une moyenne de 25 à 30 viols tarifés quotidiens, les victimes de traite sont réduites à de simples marchandises, vendues sur les marchés mondiaux du sexe. Ce commerce extrêmement lucratif est l’activité de crime organisé qui a connu ces dernières années la plus importante expansion.
Or, l’industrie du sexe et la prostitution sont étroitement liées à la traite des êtres humains.
En effet, bien que les personnes prostituées ne soient pas toutes issues des réseaux de traite, une grande majorité d’entre elles en sont les victimes. En France, l’OCRTEH (Office Central pour la Répression de la Traite des Êtres Humains) estime que 83% des prostitués ont été, à l’origine, victimes de la traite des êtres humains. Ce lien a été naturellement souligné dans la Convention pour la répression de la traite des êtres humains et de l’exploitation de la prostitution texte adopté par les Nations Unies du 2 décembre 1949 : «la prostitution et le mal qui l’accompagne, à savoir la traite des êtres humains en vue de la prostitution, sont incompatibles avec la dignité et la valeur de la personne humaine ».
En d’autres termes, si la croissance de ce fléau est liée à l’offre dans les pays d’origine – extrême pauvreté, manque d’éducation, flux migratoires importants, inégalités hommes/femmes, etc. – elle a également pour origine la demande dans les pays de destination. Et les idées permissives à l’égard de la prostitution, la tolérance et la banalisation de ce phénomène entretiennent une demande de la part des clients.
Mais la prostitution n’est ni un « mal nécessaire », ni une « fatalité », ni « un métier ».
Abolir un système d’exploitation
Nous renonçons à toute assimilation de la prostitution à un métier, et considérons les personnes prostituées comme des victimes qu’il faut aider à se réinsérer.
Il a été souligné lors de la conférence mondiale sur les Droits de l’Homme, à Vienne, en 1993, combien il est important « de s’employer à éliminer la violence dont les femmes sont victimes dans la vie publique et privée, ainsi que toutes les formes d’exploitation, de harcèlement et de traite ». De même, l’élimination de la traite des femmes et l’aide aux femmes victimes de violences liées à la prostitution et à la traite ont été un des objectifs prioritaires que la communauté internationale s’est donnée lors de la Conférence sur les femmes de Pékin en 1995.
Malgré ces prises de positions quasi-universelles, les politiques publiques, notamment en France, ne suffisent pas à lutter efficacement contre cette exploitation du plus faible par le plus fort. En France, notamment, la loi de 2003 (dite du « racolage passif ») réprime les victimes (les prostitués) plutôt que les agresseurs (les proxénètes et les clients).
Planète Enfants milite non seulement pour l’abolition de toute forme de réglementation de la prostitution mais également pour l’abolition de la prostitution elle-même. Cette position, dite « néo-abolitionniste » n’a pas pour objectif de condamner les personnes prostituées ; elle vise à poursuivre les exploiteurs, c’est-à-dire les proxénètes, et à dissuader les clients. Elle s’accompagne de la protection et de l’aide à la réinsertion des personnes prostituées.
Une législation néo-abolitionniste n’est pas une utopie ; elle a été mise en place dans plusieurs pays dont la Suède et, plus récemment la Norvège.
Nous participons donc à des campagnes pour sensibiliser le grand public à l’interaction entre traite et prostitution. Nous intervenons également dans les lycées pour éduquer et sensibiliser en vue d’une diminution de la demande prostitutionnelle. Enfin, nous travaillons aux côtés des associations abolitionnistes pour faire évoluer les législations en matière de protection des victimes et de dissuasion des clients.
Pour en savoir plus sur les différents régimes juridiques de la prostitution, cliquez ici.
|